Aujourd'hui je vais changer un peu des billets techniques pour vous parler un peu de certains aspects du financement participatif. De ses dangers en fait, via un exemple concret... Aussi, je préfère vous prévenir que cet article est issu d'un coup de gueule et il se peut donc qu'il soit quelque peu sarcastique. Et oui je vais enfoncer des portes ouvertes.

Admettons que vous êtes à jour et que vous connaissez le fonctionnement du financement participatif (ou crowdsourcing pour faire hype) (pour les autres, zou sur Wikipédia !). Là on s'intéresse bien sûr au don avec contrepartie popularisé par Kickstarter.

Il y a des tas de points positifs à cette méthode de financement comme la limitation des intermédiaires (quoique les plateformes...), la proximité, etc. mais il existe aussi des dangers pour le financeur et le porteur de projet. Afin d'éviter les arnaques et les déceptions il faut en être parfaitement conscient avant de se lancer dans cette aventure.

Si on résume, en cas d'échec de la campagne, cela fait mal au porteur de projet car cela montre que son projet ne suscite pas grand intérêt. En cas de financement, et si on a affaire à un projet bien monté mais aussi que tout se déroule comme prévu, le porteur de projet et les financeurs peuvent s'y retrouver et être heureux. En cas de financement, il y a encore un risque que le projet n'aboutisse pas. Auquel cas le porteur de projet ET les financeurs se retrouvent lésés puisque le premier fonce vers une perte d'argent et que les derniers vont être déçus par la promesse non tenue.

Maintenant, on passe aux conseils de père Starsheep pour se lancer dans une campagne de financement participatif, ou par proposition contraposée ce qui est indispensable à la présentation d'un projet avant de s'engager sur le financement :

  • Avoir quelque chose de concret et se fixer un objectif réalisable. Ne demandez pas la lune, avancez par étape...
  • mais soyez extrêmement clair dans vos intentions à moyen/long terme (votre produit est-il destiné à ramener de l'argent ou bien est-ce un projet purement humaniste ?). Ne cachez rien de vos intentions.
  • Si vous n'êtes pas seuls à la réalisation de votre projet, indiquez vos partenaires. Mettez en lumière ce que vous êtes vraiment capables de faire ou non.
  • En cas de réussite de l'objectif initial, ne devenez pas trop gourmand en proposant de nouveaux objectifs inutiles. Cela se voit quand le porteur de projet va essayer d'amasser de l'argent pour le fun. Comme ça, parce que ça marche plutôt bien...

Le tout est d'être totalement honnête sur la démarche afin d'amener la confiance des financeurs. Cela passe bien entendu par la transparence.

Note importante pour bien saisir l'ironie de la suite de cet article : je suis un membre de l'équipe de la feue HandyLinux.

Passons maintenant à une étude de cas tirée au sort parmi un projet de mon choix (je fais ce que je veux, je suis chez moi, nah !). Prenons le cas du financement de HandyDV Linux une "solution logicielle éco-responsable, facile d'accès et gratuite".

Ah au temps pour moi, le projet concerne finalement l'externalisation de la création d'un site internet... Le titre est trompeur et il faut lire à partir de la seconde moitié de la page pour mettre en lumière les vrais objectifs du financement.

Ensuite qui est ce "nous" qui a construit cette distribution ? On a quelques noms, mais sont-ils rattachés à un association ? Une entreprise ? Est-ce un projet amateur ? Ils proposent le système HandyDV Linux gratuitement, certes, mais est-ce qu'ils proposeront un service payant autour de celui-ci ?

Bon j'ai fait des recherches à votre place :

Je résume : l'idée de base est bien de proposer des prestations de service autour de HandyDV Linux. Pas seulement de proposer ce système gratuitement. On sort donc totalement de l’amateurisme. Ça aurait été bien de l'indiquer surtout que l'on ne sait toujours pas si il y a un objectif lucratif ou non derrière.

Bon ben on continue les recherches. Que donne une recherche de "HandyDVLinux" dans votre moteur de recherche favori ? Gnagnagna HandyLinux gnagna HandyLinux... Ça a l'air vachement lié, je clique. C'est fou ça, je tombe sur une distribution GNU/Linux ayant globalement la même interface... Et les mêmes logiciels tiens... Ah j'ai trouvé une différence ! Le bureau cubique qui tourne (compiz) et le conky ! Très utile pour les malvoyants, soit dit en passant. Ah et un lecteur de document (j'y reviendrai). Ok donc ça donne une meilleure idée du travail de l'équipe.

Donc ce projet est tiré d'un autre projet libre, sous licence GPL, sans en faire aucune mention. Et on ne trouve nulle part le code source des applications modifiées alors même que la licence les y oblige en cas de redistribution. J'espère qu'ils ont bien gardé les isos pour eux en attendant leur portail...

Malgré cela, l'objectif initial a été atteint, preuve que la description du projet a fait mouche. Mais bon il en faut toujours plus. Personne ne pourrait s'arrêter en si bon chemin une fois l'objectif rempli. Donc nouveau palier ! 1000€ pour des clés USB. À vos chéquiers !

Plus sérieusement, cela peut passer pour une attaque gratuite mais le malaise est bien plus profond et ne peut être résumé en un article. Il s'agit ici d'un article personnel issu d'un ras le bol général après plus d'un an d'attaques incessantes de cette équipe. En gros c'est article doit être pris comme un "il faut que ça sorte". Cette campagne de financement participatif est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et je devais dénoncer la malhonnêteté autour de ce projet.

Je dis bien autour de ce projet. Car le projet en lui-même est louable. Extrêmement louable. Je reviens donc sur le lecteur de document intégré à HandyDV Linux qui semble être un petit outil bien pratique. Malheureusement, cet outil n'a jamais été proposé à la communauté. Pourtant c'est le genre de petit logiciel qui peut facilement être intégré dans n'importe quelle distribution et qui pourrait aider des malvoyants au-delà d'un système bien précis. De même, plutôt que de proposer un seul espace sur le Web accessible aux malvoyants et dédié à l'apprentissage de l'informatique, pourquoi ne pas travailler directement avec les "gros" projets ? Ici Debian par exemple.

Le problème est bien cette fameuse Liberté 0 énoncée par Richard Stallman qui stipule que le logiciel doit pouvoir être exécuté par n'importe quel individu. Ce qui amène logiquement à la notion d'accessibilité dans le logiciel libre. C'est cette liberté 0 qui doit être défendue pour réellement rendre accessible l'informatique. Cela passe dans l'idéal par une prise de conscience collective afin que chaque développeur propose une version accessible de son application, que ce code soit intégré aux distributions mères pour que cela se répande dans chaque système informatique. C'est la seule façon d'avoir des systèmes totalement accessibles et dont la pérennité est assurée.

Faire semblant de révolutionner l'accessibilité par un coup de truelle sur un projet existant, se dire humaniste en gardant pour soit les quelques lignes de code qui pourraient être utiles à tous, et demander de l'argent pour quelque chose qui pourrait être fait gratuitement par une simple demande, c'est bien ça que je désignais ci-dessus comme une démarche malhonnête...

PS : Pour un autre point de vue sur cette histoire, Thuban a fait un bel article :
Gagner de l'argent facilement avec le logiciel-libre